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lundi 21 avril 2014

Foix : exposition "L'homme et l'animal sauvage".



A Foix, nous avons visité l’exposition: L’homme et l’animal sauvage dans les Pyrénées ariégeoises, proposée par les archives départementales.
Bien sûr, l’ours, qui a toujours vécu – et vit encore dans ces contrées, y a la part belle.
 
A partir d’illustrations, de documents d’archives exceptionnels, cette exposition  très documentée retrace la cohabitation homme-animal depuis la nuit des temps jusqu’au milieu du XXème siècle.
Déjà aux temps préhistoriques, l'homme représente des animaux sur les parois des grottes. Ici : un ours en marche sur un galet.




Au moyen-âge, l'animal est souvent représenté dans les manuscrits enluminés,on trouve même des bêtes exotiques, comme cette panthère (Encyclopédie de Gaston l'Anglais, 13ème siècle).

Dans le même ouvrage, une ourse léchant son petit pour le ramener à la vie.



L'ours est présent en Ariège, dans et à l'extérieur des églises - un modillon de l'église de  Mercus :




Les petits ours des chapiteaux romans de l'abbatiale Saint-Volusien à Foix :


Après une longue disparition, l'image de l’animal réapparait dans les églises à l'époque moderne.  On le retrouve sur les fresques de la chapelle Saint-Blaise à Aulus et celles de l'église Saint-Lizier d'Ustou :


On voit ici Saint-Valier, un des nombreux saints accompagnés d'un ours, comme Sain-Aventin, Saint-Antonin, Saint-Colomban, Saint-Amand ou Saint-Gall.


Une des causes de la disparition de l'ours en Ariège est la chasse. 
Sur les plafonds peints du manoir de Fiches, près de Verniolle, de nombreux animaux apparaissent dans les scènes  de chasse, comme ce cerf et ce sanglier.


Ces représentations sont rarement visibles par le public, tout comme ces dessins dans les marges des registres d'archives, un hibou et une bécasse dans le cadastre de Foix de 1525 :


Visiter des expositions temporaires comme celle-ci présente l’intérêt de découvrir des documents qui sortent peu de leur lieu d'origine, à cause de la rareté et la fragilité des ouvrages anciens. 
C'est le cas du magnifique "Livre de la Chasse" de Gaston Fébus, conte de Foix-Béarn au 14ème siècle, conservé à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. 
Les superbes illustrations témoignent qu'il connaissait parfaitement les animaux de haute-montagne. 
Présentation de  la BNF :
"Le livre de Chasse fut dicté à un copiste de 1387 à 1389 par Gaston Fébus, grand chasseur et grand amateur d’ouvrages de vénerie et de fauconnerie. 
L'ouvrage qu'il composa avec beaucoup de soin à l'âge de cinquante-sept ans fut, jusqu'à la fin du XVIème siècle, le bréviaire de tous les adeptes de l'art de cynégétique. En effet, rares sont les ouvrages destinés à l'enseignement qui bénéficient d'une richesse d'illustration comparable à celle des Bibles. Le succès de cet ouvrage fut amplifié par les débuts de l'imprimerie, et au XVIIIème siècle, le naturaliste Buffon l'utilisait encore.
Le texte est écrit en un excellent français ponctué de quelques caractères normands-picards, alors que  la langue maternelle du conte de Foix était la langue d'Oc.
Quarante-quatre copies manuscrites en sont actuellement connues."


On en voit souvent des reproductions, là, nous avons pu l'admirer  "en vrai"... 



Gaston Fébus, comme les nobles, chasse pour le plaisir, alors que les paysans chassent pour se nourrir. 
L'ours est une de ses cibles favorites qui lui procure le pouvoir et la domination sur la bête :



Cette chasse systématique de l'ours, une des causes de sa disparition avec le poison et le piégeage, se retrouve dans de nombreux documents.  
Une gravure sur bois de la fin du 19ème siècle retrace les différentes étapes de la chasse  :


L'ours s'attaque aux troupeaux et est responsable de dégâts dans les récoltes. Dès qu'il est signalé, des battues s'organisent  et la communauté s'unit contre le prédateur, devenu bouc émissaire. Car dans l'ours tout est bon  : on touche la prime à l'abattage, on mange sa chair ou on la vend à un restaurant, on vend la peau. Quand à la graisse d'ours, c'était un onguent, très populaire, utilisé contre les rhumatisme, la calvitie, et ....la stérilité. 



Le rituel est étonnant.  Quand l’animal est mort, le chasseur devient un héros, le trophée est exhibé dans la vallée, souvent mis en scène. L'ours est assis dans une charrette, avec le chasseur à ses côtés, affublé d'un chapeau ou portant un fusil ou un bâton.
La scène est immortalisée par une photographie, éditée en cartes postales font le bonheur des collectionneurs et s’échangent à des prix demesurés pour ce qui n'est, tout de même, qu’un rectangle de papier :


Une autre cause de la disparition de l'ours est la pratique du dressage de l'ours par les montreurs d'ours. L'ourse est tuée et les oursons récupérés et vivent à la maison jusqu'à six mois. Ensuite, on leur apprend à saluer, à danser, à se battre contre un chien ou un homme. En général, il était bien nourri, et bien traité, car il était le gagne-pain de la famille. Certaines photos anciennes montrent toutefois des bêtes en bien mauvais état.

Quand il n'y aura presque plus d'ours dans les Pyrénées, on les fera venir de Russie ou d'Europe centrale. Ici des ours pyrénéens et leur orsalher dans les rues de Londres. On peut voir les photos originales au musée d'Ercé.


La "cueillette" d'oursons est une activité rémunératrice, les petits étaient vendus à des montreurs d'ours, des saltimbanques de passage, des cirques ou des ménageries.



Paradoxalement, au côté de la symbolique de l'animal sauvage et cruel, existe une image plus rassurante, familière et utilitaire. 
Qu'il gambade auprès de "la folle des Pyrénées" ou qu'il soit utilisé pour vendre du fromage, ou des pastilles aux sels naturels d’Aulus, l’image de l’ours c’est aussi l’image identitaire des Pyrénées.





En 1889, une photo du conte Begouen est en campagne électorale à Ercé, résume le triste sort de l'ours, chassé quand il dérange et exploité chaque fois qu'il peut être utilisé...


C'est à madame Claudine Pailhès*, de conclure :
" Cette utilisation de l'ours est l'aboutissement contemporain de la contradiction  qui a toujours présidé aux rapports entre le pyrénéen et l'ours : on en fait le symbole d'un pays au moment où on l'extermine..."

* Conservatrice en chef du Patrimoine, directrice des Archives départementales de l'Ariège.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Coucou Françoise,
Tu m'avais déjà relaté ton périple de vive voix et maintenant j'apprécie d'en découvrir les photos; merci de faire voyager les internautes; bisous.
Francine